mercredi 11 septembre 2013

Charles Cros (1842-1888)



Charles Cros est né à Frabrezan dans l'Aude en 1842. Issu d’une famille très érudite et ayant eu une éducation irréprochable, dès son adolescence il étudie le sanscrit, l'hébreu ainsi que la musique et les mathématiques. Il obtint son Baccalauréat à ‘âge de 14 ans. Il paraît même qu’il aurait imaginait le principe du phonographe en créant des épreuves photographiques en couleur avant Edison...

Tour à tour grand savant et grand poète, Charles Cros côtoie la bohême littéraire dès l’année 1867, il rencontre ainsi sa maîtresse Nina de Villard et surtout Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, ainsi que bien d’autres artistes de son époque. C’est à ce moment de sa vie qu’il fait ses premiers pas en poésie dans L'Artiste en 1869. 1870 est l’année où Charles Cros débute l’écriture de nombreux poèmes du Coffret de Santal, ce recueil paraîtra en 1873. Ses activités littéraires se multiplient, il collabore au Tombeau de Théophile Gautier. En 1874, il devient rédacteur en chef de La Revue du Monde Nouveau, et publie dans un même temps Le Fleuve, et en 1876, les Dixains Réalistes. Charles Cros fréquente le cabaret Le Chat Noir et il se lie avec Alphonse Allais, c’est aussi cette même année, 1876, qu’il croise le chemin du comédien Coquelin cadet et commence à écrire des monologues. Il s'agit d'un renouvellement complet du genre.

Deux ans plus tard, en 1878, Charles Cros épouse Mary Hjardemaal dont il a deux fils, Guy-Charles et René. Mais très vite la santé devient fragile : vie de bohême et abus d’absinthe. En 1879, Charles Cros continue ses collaborations littéraires, avec par exemple sa participation à des revues comme L'Hydropathe et Le Molière, et il en profite pour rééditer Le Coffret de Santal, pour lequel il a reçu le prix Juglar. Il continuera à écrire pour différentes revues jusqu'à la fin de sa vie, et en parallèle publiera certains de ces fameux monologues. 1884 est une année charnière de la vie du poète, Nina de Villard décède, et l’année suivante, son alcoolisme s'aggrave, sa femme tombe malade, et sa situation financière se porte au plus mal.

L'œuvre poétique de Charles Cros tient pour l'essentiel en deux recueils : Le Coffret de Santal, et Le Collier à Griffes, recueil qui reprend des pièces composées dans les dix ou quinze dernières années de sa vie, que son fils Guy-Charles Cros publiera en 1908, pour les vingt ans de la mort de son père. A sa mort en 1888, la plus grande partie de son oeuvre reste inédite.
Son œuvre se compose de beaux textes, on évoquera entre autres : Le Fleuve (illustré de huit eaux-fortes de Manet) 1874 ; Le Capitaliste, Le Maître d'Armes, Autrefois, L'Homme Raisonnable, dans Saynètes et Monologues, 3e et 4e série en 1878 ; Le Violon dans Théâtre de Campagne, 8e série en 1882 ; ou enfin La Proprété, Monologue en 1888 (année de sa mort).

Il s’éteint au cours de l’année 1888.


Son œuvre de poète, brillante (elle sera plus tard l'une des sources d'inspiration du surréalisme) est cependant ignorée à son époque. Il le résume amèrement dans ce poème caractéristique :

 Je sais faire des vers perpétuels. Les hommes
Sont ravis à ma voix qui dit la vérité.
La suprême raison dont j'ai fier, hérité
Ne se payerait pas avec toutes les sommes.

J'ai tout touché : le feu, les femmes et les pommes ;
J'ai tout senti : l'hiver, le printemps et l’été ;
J'ai tout trouvé, nul mur ne m'ayant arrêté.
Mais Chance, dis-moi donc de quel nom tu te nommes ?

Je me distrais à voir à travers les carreaux
Des boutiques, les gants, les truffes et les chèques
Où le bonheur est un suivi de six zéros.

Je m'étonne, valant bien les rois, les évêques,
Les colonels et les receveurs généraux
De n'avoir pas de l’eau, du soleil, des pastèques.



Robert Desnos et Louis Aragon rendront hommage au poète et à son rôle important dans la littérature.…

______________________________________
 
 
 
 

Le Hareng Saur

Charles Cros (1842-1888)
 
 
A Guy.

Il était un grand mur blanc - nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle - haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur - sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains - sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou - pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle - gros, gros, gros.

Alors il monte à l'échelle - haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu - toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc - nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau - qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle - longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur - sec, sec, sec.

Il redescend de l'échelle - haute, haute, haute,
L'emporte avec le marteau - lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s'en va ailleurs - loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur - sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle - longue, longue, longue,
Très lentement se balance - toujours, toujours, toujours.

J'ai composé cette histoire - simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens - graves, graves, graves,
Et amuser les enfants - petits, petits, petits.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire